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Expo

La Clé des Champs

Yoann Van Parys au Botanique
Colette Dubois

Praktische info

‘Support Act : La Clé des champs’ de Yoann Van Parys jusqu’au 29/3 à la galerie du Botanique, rue Royale, 236 à Bruxelles. Ouvert du me-di de 12-20h. www.botanique.be

Yoann Van Parys (°1981) est une personnalité multiforme : venu à l’origine du dessin et de la bande dessinée, il écrit formidablement bien sur l’art contemporain (il collabore régulièrement à différentes revues d’art contemporain belges et étrangères), il agit aussi parfois comme commissaire d’exposition et il est artiste. Dans cette dernière activité, sa pratique peut être reliée à la photographie - photographier revient pour lui à prendre des notes sur des détails du monde qui l’entoure -, à l’écriture - des mots ou des bribes de phrases sont souvent présentes - et, de plus en plus, on y trouve du dessin. Tout cela se mélange, s’imprime, se superpose, et le résultat témoigne d’une grande économie de moyens.

Yoann Van Parys, ‘Gebel Grin’, 2018, 17,9 x 27,5 & 42 sur 60 x 5 x 2,5

Dans l’exposition ‘Support Act : La Clé des Champs’ qu’il propose actuellement au Botanique, le visiteur est d’abord interpellé par la manière dont il a structuré l’espace. La Galerie est un local un peu ingrat et excentré dont les fenêtres ont été occultées par des cimaises, histoire d’offrir un maximum de surface d’accrochage. Yoann Van Parys y a installé un éclairage indirect et coloré (lumière bleue, verte, jaune, blanche et rouge) qui détermine discrètement différentes zones dans ce faux white cube. Ces lumières interagissent avec les couleurs des oeuvres, tantôt pour les renforcer, tantôt pour leur apporter un contrepoint. L’artiste a structuré chacun des quatre côtés de l’espace avec des profilés d’aluminium vissés verticalement sur les deux plus grands côtés et horizontalement sur les deux autres. Ainsi, la disposition des oeuvres dialogue avec ces structures métalliques plutôt qu’avec l’intégralité de l’espace. Parfois l’une d’entre elles grimpe au-delà de la limite supérieure de la cimaise, d’autres se succèdent verticalement dans la surface définie par deux profilés. Pendant toute la durée du vernissage, l’artiste affublé d’un masque blanc exprimant la concentration, a tapoté sur le clavier de son ordinateur portable relié à un projecteur permettant de lire ce qu’il écrivait . Il semblait s’abstraire de ce qui l’entourait quand bien même il était attentif à tout ce qui s’y passait. En témoignait la succession des phrases sur le mur : il accueillait l’arrivée d’un visiteur, il développait une idée surgie d’un phrase entendue ou il répondait précisément à une question qui lui était posée. Les phrases s’enchaînaient dans un processus d’écriture libre qui rejoignait la construction de ses oeuvres.

Ces dernières se composent de différentes couches superposées de verre, de plexiglas ou parfois de papier ; sur chacun de ces supports on trouve une image imprimée - photographie, dessin, mot. Les différentes couches paraissent posées librement sur une petite section de profilé métallique ou en plexiglas mais, elles se recouvrent partiellement l’une l’autre. Le spectateur se trouve donc en face d’un objet qui ajoute à la profondeur physique des différentes couches, une profondeur supplémentaire créée par les supports.

Chacune de ces pièces constitue un récit singulier et abstrait ouvert à tous les imaginaires et qui produit ses propres codes. C’est la rencontre des surfaces, des images, des couleurs, des traits et des mots qui provoque cette narration sans début, ni fin. Les images cultivent une certaine insignifiance (du paysage de Naples à un morceau de bitume ou à des grillages), les mots peuvent apparaitre sous une couche transparente de couleur ou devenir déclinaison à partir d’une expression, le trait des dessins est délié, une surface peut être criblée de taches colorées, etc. La superposition des surfaces et des images revient à faire du montage à l’intérieur de l’oeuvre évacuant ainsi de toute notion de point de vue. Chaque pièce relève bien plutôt de l’instant dans lequel l’image appelle l’imaginaire, le singulier n’exclut pas le pluriel. On pense à « la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » (Lautréamont) et à la capacité du quotidien à produire de la fiction, de l’illusion ou de l’absurde.