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Brussels Gallery Weekend

Expo

Eric Croes à Sorry We're Closed

Colette Dubois

Praktische info

7 d’Eric Croes jusqu’au 17/10 à la galerie Sorry We’re Closed, rue de la Régence, 67 à Bruxelles. Ouvert me-sa de 14 à 18h. www.sorrywereclosed.com

Caché derrière une porte de garage d’une maison bruxelloise, l’atelier d’Eric Croes est discret. A l’intérieur, des étagères couvertes de céramiques de toutes tailles - des pots, des têtes, des pattes, des souches d’arbres - courent le long des murs, le porte outil mural est parfaitement rangé à côté de nuanciers et quelques livres trainent ici et là. Lorsqu’on observe les têtes en céramique, on ne peut s’empêcher de leur trouver un air de famille avec l’artiste il réside dans leur regard droit et perçant et dans leurs petites pommettes saillantes. Mais ces têtes sont moins policées que lui et ne se gênent pas pour tirer la langue, laisser sortir des éléments étranges de leur bouche grande ouverte ou engendrer la confusion entre des oreilles et des anses.

Eric Croes, ‘Luxure’, 2020. Glazed ceramic, 44 x 40 x 140 cm. Courtesy: Sorry We’re Closed - Sébastien Janssen, Brussels. Photo by: © Hugard & Vanoverschelde

Né en 1978, Eric Croes étudie la sculpture à La Cambre jusqu’en 2003 avant de se concentrer sur la peinture. Au bout de quelques années, il (re)découvre la céramique (qu’il avait déjà pratiquée auparavant) et décide d’y consacrer tout son temps. Par hasard, à ce moment, la céramique est de plus en plus présente sur la scène de l’art contemporain ; l’originalité de l’artiste tient dans la véritable maîtrise qu’il détient dans la discipline. Entre la forme modelée, les couleurs que l’on désire et la pièce telle qu’elle sort du four, les différences sont importantes et imprévisibles. L’artiste le sait et en joue habilement. Il est surtout sculpteur et ses oeuvres résultent du montage des pièces céramiques qu’il a conçues. Il a débuté ces assemblages en réalisant des ‘cadavres exquis’ en dessin avec son compagnon, le peintre Simon Demeuter. Eric Croes les a réalisés en trois dimensions donnant ainsi naissance à de nouvelles oeuvres. Panier renversé, pot, tasse, oeuf, théière, patte d’ours, main, etc., les fonctions de chaque élément de ces superpositions sont reconnaissables, en même temps qu’ils sont visages rieurs, étonnés ou grimaçants, symboles immémoriaux ou bibelots populaires. Empilés, ces éléments deviennent des totems étranges, drôles et colorés qui possèdent une présence spatiale souvent monumentale.

Eric Croes collabore avec la galerie Sorry We’re Closed depuis 2017. En cette rentrée, il y présente une nouvelle exposition intitulée 7. Le chiffre sept renvoie ici aux sept péchés capitaux. Orgueil, avarice luxure, envie, gourmandise, colère et paresse sont considéré comme ‘capitaux’ par l’Eglise catholique car ils en induisent d’autres. Depuis que leur liste a été arrêtée au VIème siècle, ils ont inspiré de nombreux écrivains et artistes. Eric Croes s’y intéresse depuis longtemps, sa première représentation datant de son adolescence. Il a plus récemment effectué de nombreuses recherches tant dans l’art et les traditions populaires occidentales que dans d’autres cultures. C’est ainsi qu’il a récolté des détails et des symboles qui viennent s’insérer dans les sept sculptures qu’il propose. Parmi ceux-ci, on remarquera, dissimulée dans la sculpture, une fleur différente pour chaque péché ; elle correspond au langage des fleurs du dix-huitième siècle. Chacune de ces sept sculptures est une personnification drôle et colorée d’un péché. Ainsi l’orgueil prend la forme de trois totems multicolores qui se toisent. La luxure devient un totem hermaphrodite et bicéphale couché sur le flanc. L’envie est un chat muni de quatre yeux qui lorgnent sur un perroquet, lui-même tenté par une cacahuète. Un huitième personnage accompagne les sept péchés : le Témoin. C’est un peu le gardien des péchés, celui qui incarne le spectateur (et l’artiste) ; il nous invite à la clémence vis-à-vis de ces totems gentiment pervers qui habitent aussi en chacun de nous.

L’exposition s’accompagne d’un livre publié par la galerie et les éditions Triangle Books représentant les huit sculptures accompagnées de textes du jeune écrivain français Boris Bergmann.